On parle beaucoup ces derniers jours de la réforme des Universités, il faut dire que le chantier est vaste et les résistances nombreuses. On se souvient encore des mouvements liés au contrat première embauche, et on ne peut donc s’empêcher d’imaginer une redite dans l’affaire de la réforme actuelle. Mais si on parle souvent de l’autonomie des universités, de la sélection voir des libertés concernant l’embauche des professeurs, j’aimerais parler ici du contenu de l’enseignement.
J’ai passé personnellement pas mal de temps à la Faculté, vu qu’après un IUT j’ai enchainé avec une licence / maitrise / DESS à l’université Louis Pasteur, j’ai donc vu le système de l’intérieur et j’ai eu quelques éléments de comparaison. Je n’ai pas la prétention de dresser un tableau exhaustif de la formation à l’université mais je pense que mon expérience est assez emblématique du mal qui affecte le système à l’heure actuelle. Mon objectif ici, de la même manière que quand j’interviens directement à l’université, est de faire bouger les choses ou du moins de prévenir les gens de ce qui les attends en choisissant ce cursus. L’information, cela ne peut pas faire de mal.
Tout d’abord une première chose qu’il faut savoir, c’est que vous obteniez un job à votre sortie de l’université ou pas, la Fac d’une manière générale s’en bat les roubignoles avec une porte fenêtre. Pour vous en convaincre il suffit d’assister à un jury de stage de Master Pro 2, souvent réduit à la portion congrue, où l’on comprends vite que cela fait plus chier l’unique professeur présent qu’autre chose. Il faut dire que l’Université ne vends pas sa formation, elle est là par « défaut », elle n’a pas besoin de justifier de taux de réussite aussi bien auprès des futurs étudiants, qu’auprès des bailleurs de fonds.
Ensuite il y a la bonne vieille blague de l’enseignant chercheur, un concept intéressant quand on arrive en troisième cycle mais certainement pas quand on a besoin de bases solides au début de son cursus. Il faut dire que le message véhiculé par le « système » est assez clair ; l’enseignement n’est absolument pas valorisé à la Faculté. Si vos découvertes sur le plan de la recherche peuvent avoir un impact sur votre plan de carrière cela n’estpas le cas de l’enseignement. Au final on se retrouve avec un mix grand écart genre d’un coté les professeurs qui assurent un cours de grande qualité et de l’autre coté les demi dieu qui descendent du Mont Olympe, ca les emmerde et vous allez rapidement le comprendre. Le tout saupoudré de passage grand guignolesque où le gus en charge du TD orienté objet (sans doute le mec avec la plus courte paille) lit un bouquin intitulé « teach yourself C++ in 21 days » juste avant de passer à l’action. Je suis rassuré, le gus arrive à lire l’anglais.
Enfin le contenu de l’enseignement qui est souvent en déphasage complet avec ce qu’on vous demande dans une entreprise. A l’Université Louis Pasteur, l’enseignement en informatique est extrêmement théorique, en gros on forme du « Computer Scientist » pas du Software Engineer. Cela est un peu de l’escroquerie ; je n’ai rien contre la théorie mais dans ce cas les promos devraient être beaucoup plus petites eu égard aux débouchés avec ce genre de formation. On se demande même alors pourquoi avec une telle formation on laisse sortir des gens avant le doctorat.
Le pire dans tout cela c’est que pas mal d’acteurs du système sont conscients des dérives de la Faculté, les plus cyniques allant même jusqu’à dire que de toute manière le DEUG étant un dépotoir pour les gens qui ont pas trouvé de place en Prépa / IUT / BTS, cela ne sert à rien de faire des efforts. Certains ont d’ailleurs essayé de changer les choses mais il semble que tel une anecdote de Robert Suton, les gros cons ont vérouillés le système.
Alors franchement, l’autonomie, la sélection et ce genre de chose, pourquoi pas. Mais pourquoi dans un premier temps ne pas remettre à plat l’enseignement, prendre un peu en compte les débouchés possibles des formations pour l’adapter sans sombrer dans l’excès inverse. On aura déjà fait un grand pas en avant.