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Profession Stagiaire
Ecrit par Whirly, classé dans Creative Patterns, Politique. 2 commentaires.
Il y a quelques temps de cela, des stagiaires s’étaient organisés afin d’exprimer leur colère face à un monde du travail qui les exploitait. A l’époque l’affaire avait fait du bruit et avait finalement fini en un texte de loi dans le package qui contenait aussi le CPE. Ce qui pour la parenthèse rendait un peu tragi comique la demande par les étudiants de retrait du projet dans son intégralité. Ce premier texte fixait le fait qu’un stage d’une durée de 6 mois donnait automatiquement lieu à une rémunération. Un premier pas mais est ce que cela a-t-il vraiment changé la donne ?
Il faut dire que dans le domaine qui nous intéresse, le jeu vidéo, il y a une réelle utilisation massive de stagiaires, souvent considéré comme une main d’oeuvre bon marché corvéable à l’envie. J’ai connu plusieurs boites où le ratio stagiaires : employés ne penchait pas en faveur de la deuxième catégorie. On s’étonne d’ailleurs souvent de ce genre de ratio surtout lorsque l’on discute avec les employés qui servent « d’encadrement » et qui se plaignent du temps perdu à repasser derrière le boulot du stagiaire.
Origines.
Comment se fait-il donc que l’on ait cette densité de stagiaires à certains endroits ? En fait les raisons sont multiples, parfois liés et souvent le résultat de calculs à courts termes. Dans tous les cas ce qu’il faut bien prendre comme postulat de départ c’est que le développement d’un jeu est loin d’être trivial, de même que le développement de logiciels en général. Faire une estimation du temps nécessaire à la réalisation d’un jeu est dure, d’autant plus qu’il s’agit d’une cible en mouvement, le jeu ayant comme particularité de vivre au cours de son développement. Lié à cela on constate que souvent les coûts de développement ont été ciblés au plus juste, nous sommes ainsi un peu loin d’une SSII qui facturerait une fortune les gens placés chez le client. Là on peut avoir un coût moyen par gus assez bas.
Résultat des courses, si le projet part en sucette que fait-on ? La première solution est de réévaluer le lot de fonctionnalité du jeu sur lequel on travaille afin de recadrer le développement par rapport aux moyens disponibles. Oui, mais si on est lié à une définition rigide de milestones (ensemble des choses à livrer au client afin de valider le payement de la période, en général tous les mois) qui rendrait le payement du développement hasardeux, est ce encore une solution ? Là, il faut faire avec les moyens du bords, et c’est souvent une combinaison d’heures sup plus un remplissage au stagiaire pour des tâches simples, dans le meilleur des cas. A ce moment là il faut encore pouvoir évaluer si, au final, on a vraiment gagner du temps avec une armée de stagiaires étrangers à la culture de l’entreprise.
Sur ce point les théories divergent : beaucoup rapellent qu’il s’agit d’une personne à former, qui peut manquer d’assurance et d’initiatives voir même qui peut simplement ne pas être compétente parce que le processus de screening des candidats n’est pas au point. Surprenant ? J’ai déjà vu des boites avoir des procédures d’embauches de salariés roulées sous les aisselles, alors un stagiaire qui « coute rien », vous pensez bien… D’un autre coté des gens qui touchent, et qui débarquent dans une boite en étant rapidement opérationnel et percutant, ça c’est déjà vu aussi.
Ce cas représente une sortie de route, un effort plus ou moins désespéré de rattraper une histoire qui part en sucette. Souvent cela fini « pas très bien », c’est à dire qu’à priori le projet est plié, mais qu’il a laissé des séquelles. Ces séquelles peuvent être un employé clé qui refuse d’encadrer un quelconque stagiaire à l’avenir ou alors simplement un turn over en hausse de gens complètement épuisés par les efforts façon sisyphe concédés par certains employés.
Mais il y a même plus grave : le moment où l’utilisation de stagiaires devient un élément « organisé ». J’ai ainsi connu une boite où le patron avait une vision assez précise de ce qui était pour lui une boite idéale. D’après lui le mieux était d’avoir une équipe noyau grassement rétribué et donc forcément très motivé, avec autour gravitant tels des électrons, des éléments temporaires pour faire le reste du boulot, avec bien entendu la possibilité d’externaliser ces gens là. Le problème étant que souvent les mathématiques sont cruelles et qu’en facturant les gens à un tarif x et en les payant à 2x on se retrouve bientôt à répondre à la question « comment je paye les gens qui gravitent autour ». La réponse est alors évidente, remplissons les postes que l’on ne pense pas nécessiter de « grandes compétences » par des stagiaires. Après cela dépend de ce que le boss entend par « grandes compétences », j’ai ainsi fini un jeu à niveaux sans aucun level designer attitré, celui ci étant assuré par des membres de l’équipes en tout genre.
Ce système peut être même plus insidieux puisqu’en appuyant aux bons endroits on rends les salariés complices des manigances du patron, ben oui, ils sont bien content d’avoir un très bon salaire par rapport à la moyenne dans le domaine. Après ça vous devinez que le monde de l’entreprise peuvent être violent quand vous mettez en contact différentes « castes » au sein de la même société. Par contre j’avoue ne jamais avoir vu de toute ma carrière des gens qui s’inscrivent en Fac juste pour pouvoir faire une convention de stage, j’ai donc pas du aller dans les plus grandes profondeurs de l’ignominie :)
Pistes à suivre.
Maintenant est-il possible de gérer cela différemment ? Je pense que oui, et c’est ce que nous essayons de faire dans le cadre de Creative Patterns. Nous n’avons ainsi jamais eu de stagiaires facturés au client à la place d’un employé. A chaque fois nous essayons de fournir un sujet de stage intéressant, qui apporte aussi quelque chose à la boite sans mettre de suite le stagiaire à la production. Il peut travailler sur des éléments qui seront intégrés au jeu, mais pas de suite et en principe c’est plus de l’ajout pour livrer plus au client. Parfois nous avons été bien dépanné par un stagiaire qui nous a apporté son aide, mais sans subir de pression de notre part. Pour vous en convaincre il suffit d’aller lire notre blog et les retours sur les stages qui nous sont fait. Je vous ai déjà dit que les billets des membres de la boite ne sont pas modérés ?
C’est simplement une question de déonthologie, mais la déonthologie tous le monde ne l’a pas et donc dans ces cas là on est bien obligé de venir à une réglementation. On peut de suite oublier les chartes qui ne servent à rien. L’obligation d’une rémunération peut être une bonne piste mais personnellement cela me dérange, j’aime pouvoir faire grimper l’indemnité du stage en fonction du boulot fait par le stagiaire afin qu’il établisse un lien de causalité entre « je fais des trucs bien » et « je reçois de l’argent ». J’avoue même avoir trouver indélicat les formulaires de convention de stage qui demandent la future rémunération du stagiaire, mais bon c’est principalement une mesure de protection.
De mon coté je pense que la principale piste à suivre est d’établir si l’encadrement est suffisant pour le stagiaire et si le stage correspond vraiment à une activité intéressante dans le cadre de sa formation. J’ai plutôt connu les stages où l’on utilisait bien les compétences du stagiaire donc « l’activité intéressante » c’est pour répondre à ce que je lis à droite et à gauche sur les stages photocopieuse, moins sur mon expérience personnelle. Par contre l’encadrement me semble être une évidence, surtout qu’il faudra qu’on m’explique comment on fait un encadrement de qualité quand le nombre de stagiaires est deux fois plus important que celui d’employés. Peut être aussi qu’un site web 2.0 tout comme il faut pour noter les entreprises avec de la vérification qui va bien derrière pourrait aussi être une bonne idée… reste plus qu’à trouver le stagiaire pour le développer.
Conclusion.
Je pense que la conclusion est que le monde du jeu vidéo comporte ses dérives en matière de stage, néanmoins j’avoue que cela n’atteint pas les sommets décrits sur le site de génération précaire. A un moment je me demandais même s’ils ne forceaient pas le trait, mais je leur laisse le bénéfice du doute sur ce coup là. Néanmoins je pense qu’il y a du nettoyage à faire et que j’aimerais bien qu’un jour il soit socialement inacceptable quand je remet un devis pour du dev qui comprends une part de test de m’entendre dire « bah pour les tests tu prends des stagiaires ».













1 Gilles
Sur les stages que j’ai fait, je n’etait pas vriament considéré comme un stagiaire, mais quasiment plus comme un employé… (moins payé bien sur ^^). Des fois , on a envie de crier : « Eh, oh, suis stagiaire moi, je suis là pour apprendre ! »
Au final, j’aurai pu tout aussi bien avoir un CDD, que j’aurai fait le même boulot !
Et ce que l’on nomme « maitre de stage » ne se limite souvent qu’a un nom sur la convention de stage… Bref c’et un peu dommage ; on aimerait bien en tant que stagiaire être un peu plus encadré, mais ça forcément ça prend du temps , de l’investissement,etc… Faut bien comprendre que prendre un stagiaire, c’est certes avoir de la main d’oeuvre en plus, mais c’est aussi le devoir de l’aider, de l’encadré, bre de faire le boulot qu’on attends d’un maitre de stage.
Je rajouterai aussi que els stagiaires sont voués a rester quelques mois puis a partir. Cela prend forcemetn a chaque fois du temps de réexpliquer au stagiaire(s) suivant(s) coment marche la boite, le moteur, etc… donc la encore, est-ce que le stagiaire est vriament la solution pour une production rapide et efficace?
Ecrit le 25 octobre 2007 à 11:41