Quand la peur nous freine.

Comme je l’avais déclaré dans mon billet d’hier, la journée portes ouvertes de l’IUT m’a permis d’effectuer quelques constants, tant sur l’offre de formation que sur les préocupations des gens. Car si principalement ce sont les anciens du DUT qui parlent, on sent les interrogations des gens à travers les questions qu’ils nous posent.

Et la première question qui revint à chaque fois fut celle de la délocalisation. En clair, est ce qu’il est utile d’entamer une carrière de développeur alors que partout on parle de délocalisation et surtout de la force de l’Inde en matière d’informatique. Je dois dire que cette question m’a fait de suite furieuseument penser au billet de Philippe concernant ses inquiétudes sur la mentalité française. 

Je peux comprendre l’inquiétude de ce père de famille qui ne souhaite qu’un meilleur avenir pour ses enfants, mais je pense que ce qui est clair c’est que rien n’est du dans ce monde et qu’il faudra se battre pour l’obtenir. Pendant longtemps nous avons vécu dans notre bulle, à présent les règles du jeu ont changé, changé pour tous le monde. Certains s’adaptent alors que nous nous posons encore la question de savoir comment reconstituer la paroi de la bulle. Nous n’aurons sans doute pas une vie aussi « facile » que la génération de 68 qui a tout fait pour se voiler la face et nous laisser en héritage des problèmes à priori insolubles au lieu de prendre à l’époque les mesures qui s’imposaient. Soit.

Maintenant les problématiques de délocalisation sont toujours peintes de blanc et de noir lorsqu’on en parle dans les médias. La question de la délocalisation est bien plus complexe que cela, car l’Inde ce n’est pas la France avec du curry en plus. C’est une culture différente, des infrastructures différentes, une corruption différente. Tous les gens que j’ai croisé un jour et qui ont voulu ne serait ce que sous traiter dans ces pays n’en pouvait plus de verser leur litanie de problèmes. Ce n’est pas qu’ils soient plus bêtes que nous c’est simplement qu’ils sont différents et que les problématiques d’un logiciel de sécurité sociale peut leur sembler abscons, surtout quand on sait pas ce que c’est la sécurité sociale.

Tout ça pour dire que déjà dans un premier temps, pour l’instant les seuls groupes à faire de la délocalisation en Inde sont des grands groupes et ils le font souvent avec un résultat mitigés mais les investissements étant colossaux ils perdurent. Certains groupes ont même des stratégies d’achat dans des pays « low cost » en fixant un pourcentage de leurs achats à effectuer dans ces pays que cela ait un sens ou pas. Pour la majorité des acteurs il n’y a pas de décision facile à prendre, tout est question de choix et d’expérience passée. 

Je dirais simplement que le monde change, il va toujours plus vite et il ne nous demandera pas notre avis. Si nous voulons avoir notre place il faudra la justifier, et l’éducation est une des clefs de cette justification.  Certes nous vivons quotidiennement par petit écran interposé des drames à base d’usines qui ferment avec sur le carreau un personnel souvent peu qualifié et agé et c’est d’ailleurs le rôle de la société de trouver un moyen de les reclasser. Mais l’effort de fond sera de sans cesse mieux former les gens afin de taper plus haut dans l’arbre des jobs possible afin de faire des choses que ne font pas les autres. Et cela passe par l’innovation, et c’est pour cela que l’innovation est toujours vitale.

Je vis sans doute dans un milieu différent de ces gens, un milieu où la mondialisation est vécu comme un challenge. Dans ce milieu on sait qu’il est dure de trouver des bons programmeurs mais une chose est sure : on assiste actuellement à une désaffection des métiers scientifiques, et si un jour nous ne trouvons plus de personnel alors là nous devrons délocaliser, de grès ou de force.

 

  • http://www.alexandrefranke.com/ Dedalus

    Quand j’entends parler du danger de la délocalisation, il me revient toujours quelques anecdotes qui me font sourire :)

  • http://www.mtp-target.org acemtp

    Ahhh le rêve de la délocalisation…
    Ca me rappelle il y a 10 ans quand la startup de jeu vidéo ou j’étais voullais délocaliser en inde parceque c’est génial, ca coute moins cher…
    J’ai du trier des 10ène de CV et finalement, 6 mois après la création du studio en Inde, tout à été fermer sans avoir sorti quoique ce soit… Quel rêve!

  • http://uacari.com Pedro Guanaes

    Oui, il faut plutôt parler en travail global plutôt qu’en délocalisation. Je m’explique, dans la production informatique en général, il y a de nombreux métiers et certains sont peu qualifié et requiert beaucoup de temps (remplissage et vérification de data), d’autre beaucoup de skill et de compréhension de la culture et de l’entreprise et du client (gestion de projet, Technical Design Document….).
    Maintenant l’expérience dit que c’est moins les coûts qui sont problématiques mais de coller à la même culture de travail. Par exemple les indiens quitte leur boulot du jour au lendemain sans préavis sans rien et sans donner de nouvelles ici ça choquerai la bas c’est culturel. En chine, il faut à tout prix compter sur leur système bureaucratique et hiérarchique dans les boites même si ça implique d’avoir plein d’intermédiaires. Avec le Japon faut compter avec le décalage horaire de même qu’avec les Américains de la côte Ouest.
    Un dernière chose et qu’il faut bien avoir en tête c’est que ce n’est pas par ce que les autres nous piquent nos jobs ici que l’on peut pas leur piquer leurs jobs chez eux…

  • http://francois.schnell.free.fr francois

    «  »"
    Je dirais simplement que le monde change, il va toujours plus vite et il ne nous demandera pas notre avis.
    «  »"
    Effectivement, pour ma part la lecture du livre « The World is flat » de Thomas L. Friedman (3 fois prix Pulitzer) m’a ouvert les yeux.

    Concernant l’aspect éducation une présentation qu’il avait donnée au MIT est en ligne ici:
    http://mitworld.mit.edu/video/266/

  • http://tenirparole.typepad.com Philippe Schoen

    La délocalisation d’une activité, c’est la localisation ailleurs : elle est simultanément jugée mauvaise pour les uns et bonne pour les autres. Et si on considère que la vie d’un indien ne vaut pas moins que la vie d’un alsacien on ne peut pas porter de jugement de valeurs.

    J’aime bien la réaction de Pedro :

    - une fois qu’on a « perdu » quelque chose que l’on peut échanger, parce qu’on n’est moins performant qu’un autre, il faut réfléchir à ce qu’on peut faire d’autre : les besoins de l’humanité sont loin d’être satisfaits, il y a du travail pour tout le monde et plus
    - l’idée de « piquer » du travail à l’autre (j’ai bien compris que c’était un effet de style) renvoie à la notion de jugement : si l’autre me vole du travail, c’est mal, alors je peux me permettre de le voler.

    C’est tout l’enjeu des trente prochaines années : va-t-on être dans une posture constructive (qu’est ce que je peux faire de neuf que les autres ne font pas) ou une posture destructive (comment je peux faire pour leur prendre ce qu’ils font)

  • http://uacari.com Pedro Guanaes

    @Philippe Schoen : Mon idée est surtout que l’on doit arrêter de vouloir penser que l’on manque de compétitivité au niveau mondial. Il ne faut pas hésiter à voir au dela des frontières de l’europe pour chercher de nouveaux contrat et pas seulement créer des filiales et reproduire le même schéma qu’ici.
    Quand je maile un client japonais pour le prospecter, je ne cherche pas à lui montrer que l’on est meilleurs que ses compatriotes, mais que l’on est tout simplement bon au même titre qu’eux.
    C’est une question d’état d’esprit, justement nombre d’entreprise des ces pays à bas cout qui se sont fait de l’argent grâce aux délocalisations souffrent d’un processus d’ »embourgeoisement » et sont très heureuses de se voir proposer des opportunités de boulot avec nous les pauvres bougres de la vieille europe.
    Dans tout les cas le meilleur moyen de garder son boulot c’est de bien le faire sans renoncer à ses propres acquis. Une étude récente montrait justement que les français étaient plus productifs sur 35h que les européens sur 39h.