Ce Vendredi 26 Septembre avait lieu à Paris la journée du financement du jeu vidéo dans le cadre du festival du même tonneau. Après le colloque du Mardi sur « L’innovation en Alsace » j’étais donc en train de boucler ma semaine sur « comment financer les innovations de chez nous ». Je prenais donc le TGV de 9h25 en route pour la capitale.
Préliminaires.
Bon 9h25 je m’avance un peu, le TGV ayant finalement 15 minutes de retard, mais on va pas faire la fine bouche, j’étais donc confortablement installé dans le train à regarder quelques épisodes de The Unit en attendant mon arrivé à Paris.
C’est donc 1h45 2h20 plus tard que j’arrive à la Gare de l’Est où m’attends Pedro, un autre dirigeant d’entreprise du jeu vidéo. Nous prenons donc le métro pour nous rendre à la porte de Versailles où se déroule l’évènement qui nous intéresse. Sur place le hall est bien indiqué par contre en allant à la recherche de l’entrée VIP nous tombons sur le vigil récurrent qui nous indique que nous devons rentrer « par là » en nous pointant vaguement la direction de l’entrée principale qui était bien entendu blindé de monde.
A 12h30, les portes ne sont toujours pas ouvertes et les journalistes présent s’impatientent. A 13h un camarade nous apprends qu’ils ont du retard car il y a un problème d’électricité (plutôt ennuyeux pour un salon informatique), le salon n’ouvrira pas avant 14h, nous décidons donc de nous sustenter dans un resto local. Comme d’habitude à Paris (appelez ça le manque de bol) la bouffe est cher et quelconque.
Retour à l’entrée à 14h où nous devons convaincre le vigile à l’entrée qu’on est pas venu pour nettoyer les vitres. Ce dernier nous demande notre invitation, nous n’avons que notre nom à fournir ce dernier nous a-t-on assuré est suffisant pour entrer. Ca laisse comme un gout de « ils auraient pu se mettre d’accord ». Nous arrivons au comptoir où c’est un peu « opération je te bouscule », j’arrive à obtenir un joli bracelet vert, mon sésame pour rentrer dans la manifestation et atteindre la salle pour la conférence.
Salle est peut être abusé pour qualifier un réduit définit par 4 parois au sein du festival du jeu vidéo. La faible isolation acoustique de ces parois nous permettra de bien profiter du stand « Samba De Amigo » juste à coté. Mais le plus embettant c’est le côté blindé de monde de la pièce. Visiblement l’estimation du nombre de participant n’a pas été très fine. Je repère trois chaises vides au deuxième rang, je m’y dirige mais l’organisateur m’indique qu’elles sont réservés pour les intervenants. Je me rapproche de lui et lui explique que là je commence à franchement saturé et à bien être énervé, je vais donc m’asseoir par terre. C’était vraiment une bonne idée de venir en costard. Je vous laisse donc profiter de la vue claire que j’ai eu pendant la conférence.
Le vif du sujet.
Le contenu des conférences a eu un intérêt variable pour ma pomme. La première table ronde par exemple, pour un entrepreneur du monde du jeu vidéo, ressemblait à un exercice d’enfonçage de portes ouvertes. J’ai quand même bien aimé l’explication de Mr Lagarrigue qui nous a indiqué que le taux de royalties touché par les développeurs chez Focus Home Interactive était de 25 à 50%. Va falloir que je discute plus sérieuseument des taux avec mes éditeurs moi, on est pas encore à ces chiffres là.
Après un petit coup à boire dans une pièce ne disposant toujours pas de l’électricité où j’ai revu une vieille connaissance de l’époque Spellboud qui travaille actuellement à la gestion de projet de l’initiative PlayAll nous entamions la deuxième table ronde concernant les politiques publiques autour du jeu vidéo.
On a surtout parlé de tous les mécanismes de financement dédiés ou non au jeu vidéo, cela donnait un bon 360° sur ce qu’il est possible de faire de la part d’acteur comme la DRIRE, Oseo, le CNC. Oseo à ce titre est d’ailleurs un organisme tentaculaire à ce niveau là, gérant pas mal de dispositifs, mais bon comme c’est des tentacules bénéfiques on va pas leur jeter le harpon.
Arrive alors le premier couac où je me pose quelques questions. Je pense qu’en France nous disposons de quelques très bonnes success stories dans le domaine du jeu quand on voit des boites comme Arkane, Nadeo, Quantic Dreams etc… Certaines d’entre elles ont sans doute utilisé un jour un des mécanismes de financement publique et elles auraient des expériences pertinentes à nous faire part.
Alors pourquoi avons nous alors un gus qui nous explique qu’il a monté sa boite dans une région qu’il a choisit la plus pauvre possible afin d’avoir un maximum d’aide puis nous égrenne toutes les aides dont il a bénéficié. Cela donnait vraiment l’impression que nous sommes un milieu qui ne dispose d’aucune logique industrielle et se contente de chercher des aides à droite et à gauche. En jetant un coup d’oeil au bilan de sa boite on se rends d’ailleurs bien compte que fin de l’année dernière il n’y avait aucun client, et que cette année ce n’est visiblement pas encore le cas.
Un des intervenants de la première table ronde l’a dit : « nous validons d’abord que l’équipe peut mener à bien le projet avant de lui confier de l’argent », je n’ai rien contre les jeunes qui se lancent, nous aussi nous avons du nous lancer un jour, mais il faudrait encore le faire avec des projets qui véhiculent un minimum de sérieux. Un camarade de l’industrie du jeu, travaillant chez un éditeur m’a d’ailleurs lancé la vanne suivante « ah ben lui au moins d’ici deux ans il pourra toujours aller bosser chez un consultant vu qu’il sera un expert en financement publique ».
A côté de cela nous avions encore le projet PlayAll sur lequel je ne peux pas trop me prononcer dans la mesure où il vole encore sous le radar. J’ai juste l’impression qu’ils n’y sont pas allés avec le dos de la cuillère sur l’ambition, à voir ce que cela donnera donc.
La troisième table ronde concernait les modèles de financement qu’on pourrait qualifier d’alternatif, on trouvait ainsi une personne de chez Metaboli, quelqu’un de chez Ankama, un monsieur de chez Net Division et … le type que je critiquais juste avant qui venait nous parler de publicité dans les jeux. Autant les premiers intervenants avaient des choses pertinentes à dire concernant le modèle de leur boite avec quelques petits éléments intéressant de réflexion autant le dernier nous a servi juste quelques banalités d’usage. Franchement je pense que par exemple notre éditeur sur Building&Co qui s’est occupé de négocier les placements publicitaires avait sans doute plus de légitimité à parler de ce sujet que quelqu’un qui n’a pas encore passé l’épreuve du feu.
A croire que cette personne a fait le forcing pour être dans les pannels. Pour preuve on le retrouvait le lendemain dans le pannel sur le jeu vidéo amateur où à mon avis il a là toute légitimité pour s’exprimer son projet étant visiblement un des projets les plus visibles dans cet univers là.
Bilan.
Le bilan de cette journée est globalement positif malgrès les gros problèmes d’organisations. J’ai en effet pu rencontrer pas mal d’acteurs du monde du jeu vidéo, ce qui par la situation excentrée de notre studio n’est jamais un mal. Au niveau des conférences je trouve néanmoins qu’il y avait vraiment à boire et à manger et que les conférences ne s’adressaient pas toujours au même publique ce qui est génant pour une journée comme celle là.
Surtout que je pense qu’il est important de former les patrons de studio de développement à la partie business de leur entreprise. Souvent nous sommes issues de la production ce qui veut dire que nous pouvons posséder quelques lacunes au niveau business. Cela pourrait d’ailleurs être un gros point positif pour le SNJV de proposer des formations collectives allant dans ce sens là.
Par contre il serait important à l’avenir de mieux choisir les intervenants si nous voulons vraiment véhiculer un certain professionalisme auprès d’investisseurs.
A noter que le soir même avait aussi lieu la remise des prix du jeu vidéo Français, une cérémonie bonne enfant où on a pu tous se congratuler les uns les autres… si on avait le bon bracelet parce qu’à l’entrée on m’avait filé le mauvais, mais tout rentra dans l’ordre.
Pour conclure, la journée était sympa mais il y a encore pas mal de trucs à régler afin d’arriver au niveau de la manifestation sur l’innovation qu’on a en Alsace.
