Sony is evil !

Dans une lettre ouverte pour le moins virulente, Emmanuel Olivier s’est épanché sur son problème avec Sony, la petite compagnie asiatique de jeu vidéo. Analysons de plus près cette lettre qui a fait parlé les gens chez Creative Patterns.

Tout d’abord je pense qu’il faut éclaircir le rôle de Microïds dans le grand monde du jeu vidéo. Microids n’est pas vraiment un développeur mais plutôt un éditeur. Il suffit de regarder son catalogue à l’heure actuelle pour voir qu’ils utilisent les services de studio pour sous traiter la production des jeux, du moins les titres les plus mis en avant. A ce titre Benoit Sokal, dont il est question dans la lettre, a monté son propre studio de développement : White Birds. Par rapport à Syberia, Microids est donc l’éditeur.

Ensuite on peut revenir sur les propos tenues dans la lettre car ils sont flous. Je ne dis pas qu’ils sont en contradiction d’une quelconque vérité je dis juste qu’il est difficile d’en tirer des conclusions. On peut ainsi noter que :

  • Les refus au niveau de l’approval d’un éditeur sont en principes motivés par exemple : “ne correspond pas à la ligne éditoriale de la console” et ce point est éludé dans la lettre par une phrase qui laisse à penser que Sony en ont simplement rien à carrer des développeurs. Pour un titulaire de plateforme il est très important d’avoir des jeux sur sa plateforme (eh oui, même quand on est Nintendo), donc je doute qu’on refuse un jeu à la légère. A priori la raison la plus simple serait un refus pour cause éditorial genre “un jeu d’aventure sur console, mais mon bon ami, vous divaguez !”. Néanmoins les règles dans ce cas de figure sont claires, pas comme sur iPhone ou Apple a déjà joué à “je change les règles du jeu à la volée”.
  • La lettre indique aussi que Microids a versé 55% de son chiffre d’affaire sur plateforme Sony à Sony au titre des royalties. Encore une phrase ambigu, il ne me semble pas en effet qu’un titulaire de plateforme monte à ce niveau là, par contre ce qui peut mettre un éditeur dans de mauvais draps c’est qu’il faut précommander les exemplaires du jeu au titulaire de la plateforme qui les fabrique. Résultat des courses si vous évaluez mal le nombre d’exemplaires que vous allez vendre vous vous retrouvez avec des invendus sur les bras pour lesquels vous avez payé les royalties. Une raison de plus de dématérialiser les jeux (quoi que là aussi on peut avoir des pratiques pas sympa).
  • Maintenant pour revenir sur ce chiffre de 55% qui semble outrageux, je dirais juste que pour les développeurs qui bossent pour Microids, si Microids se contentait de 55% des royalties ça serait “champagne pour tous le monde” chez le développeur. En principe les développeurs ramassent beaucoup moins. Mais est ce vraiment maléfique de la part de l’éditeur sachant que finalement ce dernier prends les risques et donc se rémunère sur le risque. Par extension c’est la même chose dans la relation entre le titulaire de plateforme et l’éditeur, le premier développe la console, fait les investissements de production, de marketing et tuti quanti pour installer sa plateforme. Il parait donc normal qu’il se rémunère derrière pour rentabiliser l’opération. En gros on peut pas repprocher aux autres ce que l’on fait soit même à autrui.
  • La lettre a un placement assez ouvert de “David contre Goliath”, genre la petite société contre la grosse multinationale. Les gens sont friands de ce genre de chose, d’où la reprise systématique sur tous les sites d’informations. Néanmoins tous les éditeurs que je connais discute avec les titulaires de plateforme pour une baisse des coûts de production sur la plateforme, surtout sur celles très bien rentabilisées comme la Nintendo DS par exemple. Faire des négociations commerciales en prenant à parti le public me semble être une pratique commerciale un peu borderline.
  • La lettre demande aux gens d’écrire à une adresse gérer par Microids, en gros Microids s’offre une étude de marché gratuite concernant l’attente éventuelle d’un Syberia 3 sur PS3. Moi je dis bravo, cela prouve que chez Microids on sait utiliser les nouveaux média. Ne voyez aucune ironie dans ce que je viens de dire, je trouve vraiment cela bien joué (et j’aime bien aussi leur site web).
  • Avec la reprise par l’ensemble des sites de news de la lettre a aussi permis à Microids de lancer une grosse campagne de Buzz et d’acquérir de la visibilité, encore une fois c’est bien joué ça mérite un Seth Godin d’Or. Maintenant il y a aussi un peu de malice dans cette façon de procédé qui laisse un léger arrière goût dans la bouche.

Voilà en gros les différents points que je voulais aborder par rapport à cette lettre ouverte, je rajouterais que le comportement de Sony n’est pas très différent de celui de ses camarades Nintendo et Microsoft. C’est leur business model que de se rémunérer sur les logiciels de jeu disponible sur leur plateforme. Maintenant il s’agit toujours d’un équilibre, la pluralité actuelle des supports permettant quand même de tourner le dos à des titulaires un peu trop gourmand.

  • http://www.chaos-interactive.com TobyKaos

    Salut,
    Pour ma part j’attends Sybéria 3 avec impatience maintenant. Cette lettre laisse plutôt penser que Sony est très exigeant quand à la ligne éditorial et/ou à la qualité des jeux. Donc que Sybéria ne rentre pas dans une de ces deux cases (à vous de choisir).
    Bref, bon coup marketing mais risqué je trouve. Et que Sony et consorts ne font pas de cadeau ce n’est pas nouveau.

  • http://www.bretzelsandgames.com Whirly

    Il est où le risque ?