Le Jeu Vidéo au pays des Bretzels.

Un jeune chef d’entreprise, ami des cigognes, discourt sur le développement de jeux vidéos

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Depuis quelques temps Nintendo s’est attaqué frontalement au piratage, en attaquant en justice par exemple les distributeurs de cartouche R4. Il faut dire que la Nintendo DS est sans doute une des consoles de jeu les plus simple à pirater et ce sans avoir à modifier la console et perdre la garantie. Résultat des courses, même Roger Toutlemonde a sa R4.

Le constat est assez simple, nous avons assisté en 2009 à un gros tassement des ventes de jeux sur Nintendo DS. Cela a atteint un point où la majorité des contrats de développement sur cette plateforme ont simplement disparu alors qu’ils faisaient vivre pas mal de studios de développement en France (dont le nôtre d’ailleurs). Devant ce constat on pouvait se poser pas mal de questions concernant l’origine de cette baisse, avec en arrière fond la question du piratage et de son impact sur les ventes.

Pour Nintendo il s’agit d’un exercice de communication difficile, pour la simple raison que l’explication n’est pas simple et ce qui n’est pas simple passe très mal dans les médias. Il suffit de lire les forums de jeux vidéos pour se rentre compte qu’il y a un vrai challenge de relations publiques dans cette histoire. Souvent quand je lis les commentaires des internautes je suis un peu choqué par la vision étriquée de certains du marché du jeux vidéos, et autres excuses bidon avancées pour tel ou tel comportement. Alors je me permet de répondre à quelques arguments que je lis en boucle, ça me soulagera.

1. « Nintendo a fait plein de pognons, ils devraient arrêter de vouloir en faire encore plus ».

Oui ces dernières années ont plutôt été bonnes pour Mario & ses copains. L’écoulement en masse de la Wii et de la DS mais surtout les ventes records du « copain cérébral » et autres jeux du même tonneau ont permis des bénéfices records chez Nintendo qui a bien repris du poil de la bête depuis l’époque N64 / Gamecube. Mais nous ne sommes pas dans un univers de bisounours, quand vous constatez que les courbes sont en train de plonger vous vous devez de réagir. De plus l’argent gagné par Nintendo sert aussi à préparer le futur, concevoir de nouveaux produits. Donc en gros qui fixe la limite de bénéfices que peut faire une entreprise ? Certainement pas l’internaute lambda.

2. « Nintendo devrait pas trop râler contre le piratage vu qu’il permet de vendre plein de consoles ».

Cet argument est symptomatique d’un manque de connaissances concernant le marché du jeu vidéo. Une console par essence est vendu à un prix proche du prix coûtant voir même à perte (demandez à Sony la marge sur une PS3). L’objectif étant d’avoir une base installée pour vendre du logiciel qui lui rapportera car Nintendo touche des royalties sur chaque cartouche de jeu vendu sur DS, même si le jeu n’est pas un jeu Nintendo. J’espère d’ailleurs que Mario envoie une carte de voeux à Noël au Professeur Layton.

Le deuxième point est que pas mal de jeux sont faits par des studios de développement qui ne touche pas un kopeck sur les ventes de hardware. Faire produire du contenu « gratuit » pour vendre du matériel je vous assure que nous ne sommes pas très fan.

3. « De toute façon les jeux de maintenant sont de la daube, ça ne vaut pas la peine de les acheter ».

Dans ce cas là ne les copier pas non plus. Les développeurs en principe s’adapte au marché. Quand un jeu ne rencontre pas son public on évite de refaire les mêmes erreurs. Par contre si vous jouez à un jeu même copié, c’est que vous y trouvez un intérêt. Et vu qu’il n’y a pas d’obligation de jouer pour vivre, vous n’avez pas de raison d’y jouer autre que le plaisir.

4. « C’est encore l’excuse facile du piratage ».

Ce n’est parce que certains ont abusé du piratage en tant que motif d’explication que ce dernier n’a pas d’impact sur le marché. Sur la fin 2008 nous avons assisté à un phénomène nouveau, les « casual » ont commencé à pirater. Maintenant vous croisez un groupe de petites filles avec des DS, il y a une forte chance qu’elles aient tous une R4. Et ce n’est pas pour lancer un émulateur. La DS était déjà devenu une console de casual à cause du piratage, car ce dernier a fait évoluer le marché DS. Quand vous sortiez à l’époque un jeu casual et un jeu core gamer et que ce dernier se vendait nettement moins bien car s’adressant à une population déjà équipé en matériel de copie vous faisiez alors le choix de ne plus vous adresser à ce public.

Après ces quelques arguments marronnier qu’on voit souvent fleurir dans les discussions j’ai un point de vue que je pense nuancé fasse au piratage. Il est toujours difficile d’évaluer l’impact du piratage, il ne faut pas oublier que 2009 a été une année de crise économique et qu’un casual a sans doute moins de « loyauté » vis à vis du jeu vidéo qu’un joueur core. Mais quand on commence à assister à du piratage massif de ses titres on ne peut s’empêcher de penser qu’avec une protection plus performante cela aurait fait des ventes en plus (mais pas dans un ratio 1:1 bien sût, on serait plutot à du 5:1 à mon avis).

Sur 2009 je ne connais pas un studio de développement DS qui n’ait pas licencié du monde voir fermer tout court. Ca c’est la réalité, quand les riches maigrissent les pauvres meurent. Je pense que cela a été une leçon pour pas mal de gérant de studio, en tout cas pour moi cela l’a été : le marché ça peut se retourner et vite.

Maintenant les ayants droits défendent leur beefsteack et je trouve cela normal. Nintendo a toléré les dispositifs R4 à l’époque où tous le monde faisait du blé, preuve qu’il n’y a pas une vision binaire du monde chez Mario. Mais à présent que le phénomène a atteint une masse critique ils réagissent. C’est la même chose pour Ubisoft, même si dans ce cas cela a tendance à pénaliser le joueur honnête ce qui est vraiment dommage. J’en avais déjà parlé à l’époque, surtout concernant ma non attirance pour ce genre de protection. Mais pour Ubisoft il s’agit d’une question de rentabilité. Ce que les gens perdent de vue quand ils s’esclaffent sur le fait que la protection de Assassin’s Creed 2 a été craqué c’est que cette protection a permis à Ubi d’avoir pas mal de temps pour vendre son jeu. C’est comme dans un Space Hulk, vous n’arrêterez pas les genestealers mais vous pouvez en griller pas mal.

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3 commentaires

1  Raphael

Merci pour ton article !

Ecrit le 23 avril 2010 à 2:44

2  karma

Le veritable argument sont que le marché des jv sur DS a été envahi par une horde de réalisations nullissimes (quelque fois terminées en 1 h) vendues 35 à 45 €. Des daubes concues en grande majoritée par des petits studios qui salivaient vu le nombre de DS sur le marché.
Les parents ont bien compris que acheter un jeu à ce prix pour que leur mome le termine aussi vite etait la vraie arnaque dans cette histoire.

Mais la bonne nouvelle c’est que tout est rentré dans l’ordre, maintenant ces boites font des jeux qui sont terminées en 1 h au juste prix: 0.79 € sur l’app store :)

Ecrit le 23 avril 2010 à 5:26

3  Whirly

@karma : on se rapproche beaucoup du point n°3. Alors je dirais les choses suivantes :

- sur DS il n’y a pas de corrélation entre la qualité des jeux et les ventes réalisés. Ce qui peut signifier plusieurs choses, mais dans tous les cas il n’y a pas de primes pour les bonnes réalisations. Même sur une gamme comme Lea on trouve du très hétérogène (je le sais, j’en ai fais une paire de Léa).

- Normalement le public est censé s’éduquer au fur et à mesure et choisir correctement les produits en gros faire son boulot de consommateur. Avant d’aller voir un film au ciné par exemple je me renseigne sur l’histoire, le réalisateur, les acteurs pour voir si cela génère de l’envie. Il y a des tas de film que je ne verrais jamais parce que cela ne me parle pas.

- La notion même de durée de vie pour des jeux à destination des enfants est très différente du monde adulte. En effet un enfant pratique énormément la répétition, il y a d’ailleurs des études à ce sujet concernant des programmes télés comme « rue Sésame » qui avait particulièrement bien compris la problématique.

- En principe ce n’est pas les studios qui salivaient, c’était les éditeurs. Les studios réalisaient souvent des jeux sur commande.

Donc en gros « le véritable argument » ne tient pas. Si effectivement les gens avaient trouvé que l’offre était mauvaise sur DS pourquoi cette profusion d’enfants avec des DS + Linker ? De même sur l’année 2009, la gamme Léa partait souvent à 10€, on avait même des jeux vendu à des prix inférieurs au coût de revient de la cartouche.

Rentrée dans l’ordre ? Un studio a besoin de faire suffisament d’argent pour vivre, le scoop c’est que très peu de gens font de l’argent sur l’AppStore, le milieu étant hyper compétitif. L’AppStore est d’ailleurs rentré dans une spirale de prix qui ne favorise pas la qualité, on voit plutôt des « jouets » que des « jeux » sur cette plateforme.

Et même l’iPhone est la preuve que le pricing est un argument tout relatif pour justifier le piratage. Car même à des tarifs de l’ordre de l’euro on assiste à un piratage massif de certaines applications.

Ecrit le 23 avril 2010 à 8:04

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