Au départ Pruitt Igoe n’était pour moi qu’une musique disponible dans Grand Theft Auto 4, un titre que j’aimais bien et que j’écoutais souvent en me rendant à mes prochaines missions où j’allais encaissé des loyers pour la Mafia.
Je ne crois pas qu’on puisse dire que j’aimais cette musique, en fait elle me fascinait. La construction de la musique par l’ajout successif de patterns répétitif était simplement bluffante, surtout que j’ai tendance à détester la musique répétitive qu’on entend communément dans la voiture blanche d’un de mes amis.
J’ai donc voulu en savoir plus et c’est ainsi que j’ai découvert le compositeur : Philip Glass. A partir de là j’ai bien entendu regardé Koyaanisqatsi, le film dont est issu le morceau de musique dont je vouas parlais. Ce film est tout aussi atypique que sa bande son, preuve que tous le monde a bien fait son travail. Il est fascinant à plus d’un titre et incite le spectateur à pas mal d’introspection sur le sens de la technologie et de notre vie moderne. Je vous préviens néanmoins c’est étrange, mais du « étrange marrant » comme dirait un de mes associés.
Le morceau dont j’ai parlé plus haut « Pruit Igoe » illustre en fait la partie sur le fameux projet de grand ensemble du même nom qui a été construit du côté de Saint Louis aux Etats Unis. Et je ne sais pas si je vous l’ai déjà dit, mais je suis fasciné par l’architecture et l’urbanisme, cela doit être en deuxième position sur ma liste juste derrière maître du monde des geeks.
Pour résumer l’histoire, Pruit Igoe est un grand ensemble construit au début des années 50 pour régler un problème d’accroissement de la population. Au départ tout était merveilleux, c’était l’occasion pour des gens qui habitaient des bidons villes d’avoir un vrai logement moderne. Mais rapidement la situation se dégrada et dès le milieu des années 50, et après 20 ans de galère la municipalité décida de détruire l’ensemble des immeubles.
Un sacré constat d’échec, surtout que dans la foulée certains annoncèrent la fin du modernisme, d’une époque de savant fou de l’architecture qui n’en avait que faire que des gens habitent leurs immeubles. Et cette explication s’installa et devint même un exemple utilisé dans les écoles de ce qu’il ne faut pas faire. L’histoire aurait pu s’arrêter là si certains ne voulaient pas réhabiliter ce qui a été fait. Et c’est ainsi qu’un documentaire a été filmé pour raconter un autre point de vue sur Pruit Igoe et son échec avec une thèse qui tient la route.
The Pruitt-Igoe Myth: an Urban History – Film Trailer from the Pruitt-Igoe Myth on Vimeo.
Je n’ai pas encore vu le film, par contre j’ai écouté avec attention l’épisode sur ce documentaire dans 99% Invisible, le podcast dont je vous ai parlé hier.
L’hypothèse dévelopée est la suivante : le problème au final ce n’était pas l’architecture mais le fait que contrairement à ce que les gens qui avaient planifié le projet pensaient, la population de Saint Louis déclina au lieu de progresser. Ce qui entraîna un ensemble de conséquences néfastes.
Cela parait plausible et l’explication est bien étayée. Mais au delà de cette histoire il me semble que la leçon à en tirer c’est que nous avons tendance à vouloir simplifier tous les problèmes plus qu’il n’est possible de le faire et de vouloir appliquer en retour des solutions tout aussi simple voir même simpliste.
Nous en sommes là actuellement avec les élections qui vont bientôt avoir lieu en France chacun y va de sa petite solution miracle, qu’il s’agisse de la TVA sociale ou encore de la semaine de 4 jours. Alors que fondamentalement nous avons des problèmes complexes qui ne peuvent être résumé en trois lignes dans un programme d’élection.
Alors quand vous lirez les programmes électoraux, creusez vous la tête sur les implications au lieu de suivre le premier candidat avec une formule choc.