Le jour où produire est devenu ringard.

Je pense que depuis que je suis tout petit, j’ai toujours aimé construire des trucs. C’est d’ailleurs je pense le propre de l’ingénieur, cette volonté de fabriquer, de créer à partir d’une matière brute. Manque de bol, ce n’est plus trop à la mode.

Il me semble qu’il fut un temps, que je n’ai pas vraiment connu, où l’on avait ce culte de la modernité. J’avoue qu’en écoutant du Kraftwerk ou encore du Jean-Michel Jarre je me figure qu’il fut un temps où le progrès était vécu comme quelque chose de positif, au lieu d’assister au retour de l’irrationnel que cela soit pour la vaccination de ses enfants ou encore la poursuite des méchants terroristes.

Les entreprises que j’ai créé reflète cette volonté de construire des choses. Si j’ai toujours œuvré dans le numérique, j’y pense comme à une industrie avec son cortège de R&D, de conception de produit, et de fournir quelque chose au client qui marche.

C’est un exercice difficile, car produire quelque chose travailler à la perfection demande du temps et des efforts. Du code sur lequel on n’a pas passé le temps nécessaire, ne fonctionne pas. Il s’agit d’un art qui n’accepte pas la demi mesure.

Cela a souvent des conséquences, car quand on fabrique un nouveau logiciel pour un client, il est extrêmement difficile à l’avance de prédire le temps nécessaire à la réalisation du dit logiciel. Dans mon domaine d’expertise, tout ressemble à chaque fois à un nouveau prototype, avec ses inconnus, ses problèmes propres.

Or dans un monde où tout doit être réglé d’avance, planifié, sans faille, le client souhaite toujours avoir une production au forfait. Il faut donc user de tout son savoir afin d’être au plus près du temps réel lorsque l’on estime. Trop long, et vous risquez de passer à côté d’un projet à cause de son prix, trop court, vous allez droit à l’accident industriel dont on ne peut pas se relever. Tous nous avons des exemples de ceci sous les yeux. Regarder un peu les quolibets que doivent encaisser les gens de chez Areva par rapport aux retards sur l’EPR.

Créer est difficile, et dans un monde qui érige le principe de précaution en valeur fondamentale, on ne tolère plus aucune dérive. Le résultat est simple, de moins en moins de gens produisent car il est plus simple d’être dans un autre domaine.

C’est ainsi qu’on voit de plus en plus apparaître des gens dans le conseil. Le conseil, ce jeu d’apparence où votre principal atout est d’être sur de ce que vous racontez que cela soit juste ou faux. Vous gommez ainsi toutes les problématiques que vous pourriez avoir avec la production.

De toute façon il est clair que quand vous êtes dans le conseil, le client ne peut être juge de votre aptitude professionnelle sur votre domaine d’expertise vu qu’il fait justement appel à vous pour combler un manque. Il ne peut juger finalement que l’aspect périphérique de votre travail : être vous courtois ? répondez vous rapidement à ses demandes ?

Je pense que le summun de cela se trouve dans des métiers comme le SEO. Voilà un métier où l’on trouve à boire et à manger, avec une myriade de consultants qui vous promettent tous la lune : la première place dans le ranking Google. En gros ils vous expliquent qu’ils maîtrisent les arcanes d’un algorithme secret et que donc, par définition, ils ne peuvent pas connaitre. C’est là qu’on voit quand même se détacher les bons des mauvais, les bons ne vous promettent jamais la première place, et se content de mettre en place des optimisations connues en se tenant à jour quand aux évolutions de l’algorithme.

Mais voilà, à présent, cédant à la facilité, de plus en plus de nos cerveaux brillants se dirigent vers des activités non productives. Il suffit de voir le nombre de polytechniciens qui finissent par devenir des « Quants« , à nous préparer la prochaine grande crise économique.

Moi quand j’étais petits, je construisais des vaisseaux spatiaux avec mes légos et je rêvais à ce que l’on découvrirait sur des planètes exotiques. Mon enfance a été bercé d’histoire de science fiction où l’humanité avait un futur glorieux, pas des choix ridicules de savoir si la région doit faire 2 départements ou 5. Et mon seul souhait et de voir des gens comme cela revenir au pouvoir afin de construire un avenir que l’on a envie de vivre.