Dans les geôles d’Apple

L’année dernière, dans les nouveautés marquantes de la technologie, nous avons assisté à la sortie de nouveaux Mac, Ces machines annonçaient des performances extraordinaires, un véritable saut générationnel, pour une raison qui intéresse rarement le commun des mortels ; le passage à une nouvelle génération de processeurs, les puces M1.

La particularité de ces puces est d’avoir été développée en interne au sein même d’Apple. Se basant à l’origine sur l’architecture développée par ARM et qui est à présent archi-dominante dans nos téléphones mobiles, Apple a réussi le tour de force d’en faire un processeur de premier plan pour ordinateurs personnels.

Je ne suis pas un afficionado de la fameuse marque à la pomme. Je dispose à l’heure actuelle d’un iPhone, car il n’y a simplement pas d’offre équivalente en terme de couple matériel / système d’exploitation, et d’une Apple Watch parce que c’est la montre connectée la plus efficace quand vous avez un iPhone. Mais je n’ai jamais rejoint le culte d’Apple qui arrive à fermer les yeux sur les nombreux problèmes qui ont émaillé l’histoire récente de la marque.

Là quand je regarde les nouvelles machines qu’ils viennent de sortir, j’avoue qu’elles me font de l’œil. Le rapport performance / consommation de ces puces est fantastique, le système d’exploitation est très bon et surtout la qualité des applications disponibles sur cette plateforme est simplement meilleure que ses équivalents Windows ou Linux. Comme quoi, avoir un public qui est prêt à payer pour obtenir des applications augmente la qualité des dites applications. Surprenant non ?

Mais je suis aussi conscient qu’aller plus loin dans cet écosystème c’est aussi accepter de son propre chef de finir dans les geôles d’Apple et même si elle est dorée, cela n’en reste pas moins une cage. Et les facteurs qui concourent à cet enfermement sont multiples.

Sur la précédente génération, Apple utilisait des processeurs Intel, cela signifie qu’ils utilisaient le même écosystème que les fabricants de PC, un écosystème fait de spécifications ouvertes permettant une interopérabilité, même si souvent Apple faisait des choses à sa sauce. Cela permettait par exemple à des gens de monter des Hackintoshes, c’est à dire des machines assemblées à partir de composants standards. Pourquoi faire cela ? Simplement parce que vous pouvez avoir des besoins professionnels (rendu 3D, montage vidéo) et qu’à un moment l’offre d’Apple n’était pas très fournie sur des matériels un peu haut de gamme. Cela était assez clair quand on a vu pendant des années le Mac Pro non mis à jour.

Surtout, le cycle de renouvellement du matériel est assez soutenu chez Apple, j’ai par exemple un iMac de 2012 qui n’est plus utilisable pour l’usage pour lequel il avait été acheté (faire du développement iOS), parce que les dernières mise à jour de MacOS ne sont plus disponibles pour cette machine. Vu que c’était une machine qui est globalement un PC, je peux installer un Linux ou un Windows dessus. Mais ça c’était avant.

Sur les derniers Macs, tout est fait par Apple pour contrôler au maximum la plateforme. Ce n’est pas foncièrement par néfaste volonté, mais pour garantir l’intégrité de l’expérience utilisateur. Néanmoins, quel que soit l’intention, le résultat est le même, sur les nouveaux Apple vous ne pouvez faire que de l’Apple, ce qui veut dire condamner à court terme des machines encore fonctionnelles à prendre la poussière. Sans compter les problèmes sur le matériel où l’on avait un constructeur qui faisait comme si le problème n’existait pas.

On peut enfoncer le clou sur la partie matérielle, même sur un portable PC, si jamais la machine est hors d’usage, vous pouvez encore récupérer des composants pour les migrer sur une nouvelle machine. Moi qui était déjà échaudé par les portables et leur faible capacité d’évolution, là c’est carrément la douche froide. Tout est soudé. Récupérer un disque sur un Mac M1 ? Passez votre chemin.

Le tout est recouvert de services propriétaires à Apple qui, bien entendu, fonctionneront mieux sur leur plateforme que n’importe quelle concurrence. On rappellera d’ailleurs que c’est sur cette plateforme qu’on a inventé le terme « Sherlocked » pour décrire quand une application crée par un développeur tiers voit Apple en faire une version à eux et récupérer son marché, c’est dégueulasse, mais avez vous envie d’aller vous taper un procès avec une mégacorporation ? et sur quelle base ?

Tout cela pour dire qu’actuellement Apple, au motif d’offrir l’expérience la plus agréable possible, est en train de construire une prison dorée autour de ses utilisateurs, condamnant ainsi du matériel fonctionnel à finir à la décharge et en établissant une hégémonie où chaque succès d’un tiers ne pourra se faire que s’il se soumet à la marque à la pomme.

De la même manière que j’ai choisi de limiter ma production sur des plateformes comme Facebook pour revenir au bon vieux blog des familles, je crois fermement dans les standards ouverts en informatique. A ce titre d’ailleurs, faites de même et laissez vos commentaires sur cette plateforme.

Alors ne nous y trompons pas, je ne suis pas un « anti Apple », je trouve leurs produits en général très chouette et de base j’apprécie qu’il existe du choix. Le pire étant l’époque où l’on avait un Windows hégémonique et aucune alternative viable. Mais les derniers développement chez Apple, je les vois comme une régression contre les standards ouverts, et ce n’est pas l’orientation que je souhaite pour l’informatique.

2 commentaires sur “Dans les geôles d’Apple”

  1. Est-ce qu’inventer, ça ne serait pas sortir de la cage dorée?
    Oui, c’est une cage dorée à côté d’un linux, mais confortable. En ce qui me concerne, c’est une merveilleuse cage dorée. Le matériel, c’est une chose, mais le logiciel rentre en compte aussi.

    1. Stéphane Becker

      Oui les logiciels joue aussi là dessus, et j’en parle brièvement. Mais cela a un prix. De plus en plus Apple pousse les développeurs à passer au Mac Store afin de transformer leur écosystème en jardin clôturé où il prends ses 30%. La situation sur iOS est devenu grotesque sur ce point là. Le confort a un prix.

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